Carnet de route

Alpinisme: Chant de Pierre, Casque du Lhéris

Le 27/11/2011 par Yves Sarthou

 

Puisque le froid et la neige se refusent obstinément à pointer le bout de leurs flocons en cette fin novembre, quoi de plus naturel que d’aller profiter des caprices du réchauffement climatique en moyenne montagne, dans le cadre enchanteur et tellement paisible du Casque du Lheris ? C’est d’ailleurs ce qu’ont dû se dire aussi les gentianes printanières dont les petites étoiles bleues parsèment en nombre les flancs du col ce 27 novembre.

Nous sommes donc trois seniors dans la fleur de l’âge, mais dont les os vieillissants apprécient tout de même, comme les gentianes, les rayons de soleil tardifs, à nous donner rendez-vous au club, pour Marc Viala et à Bagnères pour Michel Vettier pour une ‘sortie estivale bonus’ avant de chausser les crampons.

Après une approche à travers les magnifiques hêtraies qui font suite à la pelouse du col des Bernadaus, nous parvenons au pied de la paroi de calcaire blanc du Lheris qui domine le vert des pâturages et le roux de la forêt toute proche. Magnifique ! Et tellement paisible. C’est sans difficulté que nous trouvons le cairn et le fameux spit bleu qui marquent le début de la voie. Quelques minutes pour nous équiper, nous désaltérer et rajouter quelques calories au petit déjeuner et puis nous attaquons. La température est idéale : pas un souffle de vent, le brouillard épais est resté dans la plaine. Nous nous sentons bénis des dieux. D’autant que la première longueur qui ne fait qu’une petite vingtaine de mètres incite à la flânerie et au sifflotement. Déjà le relai. Les seconds confirment qu’il reste une grosse quantité de corde. Et vue la facilité de la progression dans du III puis dans du IV entrecoupés de petites terrasses herbeuses, je décide de continuer. D’autant que sur ce terrain il n’y aura pas de problème à faire monter Marc et Michel ‘corde tendue’ si elle s’avère trop courte pour parvenir au deuxième relai. Cela se confirme, effectivement, et mes deux compères doivent s’élever d’une demi douzaine de mètres pour que je puisse me vacher. Nous avons franchi ces deux premières longueurs en rien de temps. Fastoche ! Nous allons faire une sortie ‘pédagogique’ dis-je à Michel qui ressent le besoin de réviser les maniements de corde et les relais.

Sauf que les choses commencent à se corser proportionnellement à l’inclinaison de la paroi qui nous oblige maintenant à tester la souplesse de nos cervicales pour détecter le point de protection suivant. Heureusement, ils sont là en rang serré les spits. Seize dégaines disait le topo. Ils exagèrent les gars qui ont fait le topo ! Ils étaient marseillais ou quoi ? On vient de faire les deux premières longueurs sans presque ‘mettre les mains’. Troisième longueur en V, 40m. Il faut être plus concentré, réfléchir davantage, scruter la paroi dans son champ de vision. Au relai, plus qu’une ou deux dégaines sur mon baudrier. Ce qu’il faut pour réaliser l’assurance, mais tout juste. Cela passe encore bien pour tout le monde, cependant. Un peu de pédagogie au relai 3.

La longueur 4 est en V+, 35 m. Encore plus de concentration, un peu moins de pédagogie. La cinquième longueur revient dans le V, toujours du très beau rocher, très sûr si l’on flaire et évite le piège de quelques pierres potentiellement instables. A ce stade là, on a un peu oublié la ‘pédagogie’ il faut avouer. D’autant que devant nous, ou plutôt au dessus de nous, se dresse la sixième longueur, celle qui couronne la voie et qui est annoncée en 6a+. M…. ! ça tire sur les cervicales de regarder là haut. Et puis, vu d’en bas, ça n’a pas l’air d’être un pas de 6a+, mais toute une longueur. Et puis on a beau scruter, on ne voit pas grand chose dans cette vaste étendue de rocher blanc au dessus de nous pour poser nos gentilles petites extrémités. J’ai déjà franchi des pas de 6a en tête, je me suis même retrouvé une fois ou deux imprudemment et par inadvertance dans du 6b, mais toute une longueur…ça non, je ne l’ai jamais fait. Bon, tant pis, la récompense et le casse-croûte nous attendent là haut. Je me lance. J’ai bien mes 16 dégaines ? Oui. On y va. La pédagogie ? Ah oui, bon, on verra une autre fois Michel. Ne regardez pas trop où je mets les mains et les pieds les gars, ça va pas être de la chorégraphie ! Je passe les 15 ou 20 premiers mètres. Jusque là, tout va bien, fin mais digestible. Ca se relève encore. Quelqu’un est passé boucher les trous, c’est pas possible ! Je sens venir la gamelle mais je n’en vois pas les poignées. Ca serait ballot de ‘prendre un pet au Casque’ ! C’est plus de la pédagogie, c’est de la survie et ça va se terminer en boucherie !... Et puis non, finalement, en se glissant de spit en spit (heureusement il y en a bien 16 ! ouf !) comme un naufragé de bout d’épave en bout d’épave, je vois s’approcher de moi, doucement mais sûrement, l’adorable bout de sangle et les deux mignons anneaux du relai qui brillent au soleil. Ca y est, j’y suis ! La vache ! Je suis vachement content d’être vaché. Ca fait longtemps que je n’ai pas été aussi vachement content d’être vaché. A vous les gars ! Vous pouvez y aller. Oublie la pédagogie Michel ! On verra ça un jour, dans la Classique’ !

Eh bien, vous voyez bien qu’on est passés ! Bon, zavez pas faim ? Qu’est-ce qu’on a dans les soutes ? Qu’est-ce qu’on est bien là-haut ! En plus il est pas tard et on peut traîner au sommet. Michel va mettre surprendre son épouse en rentrant dans le Gers pour l’heure du souper, étonnant non ? A la prochaine !

photos: http://picasaweb.google.com/lourdes.ffcam







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