Carnet de route

Camp de juillet à Espingo

Le 17/07/2011 par Yves Sarthou

 

Était-ce la fascination contagieuse pour le Grand Dièdre des Spijeoles, l'appréciable et fine tranche de quelques heures de soleil entre deux grosses et fraiches épaisseurs de déluge météo, ou bien la réputation de la soupe de légumes à la crème fraîche de Jean-François, le gardien du refuge d'Espingo, qui était parvenue jusqu'aux papilles des CAFistes du Grand Sud-Ouest, toujours est-il qu'à quelques heures du camp d'été, et alors que les inscriptions avaient été jusque là plutôt molles et hésitantes, ils sont arrivés de partout: de l'embouchure de la Nive, de la ville Rose, de la Haute Lande, des coteaux du Gers laissant derrière eux le bonheur dans le pré, et croyez-le si vous le voulez, il y avait même des Lourdais.
Il ne faisait pas bien beau en montant au refuge vers les 4h de l'après-midi ce jeudi 14 juillet, mais au moins il ne pleuvait pas. Certains ayant anticipé la montée, c'est donc à Espingo que nous nous retrouvons tous les onze: Patricia et Stéphane, Eric et Thierry, Michel, Pascal, Gisèle, Christelle, Anne-Marie, Jackie et Yves. Le temps de se changer et nous mettons les pieds sous la table. Là, nous hésitons: s'agit-il vraiment d'un camp alpinisme ou s'est-il transformé « à l'insu de notre plein gré » en camp gastronomique? La soupe est excellente, la daube qui suit ne l'est pas moins. En plus, Patricia et Stéphane qui avaient anticipé la montée et qui avaient donc lâchement échappé au transport de cordes, coinceurs, friends et autres dégaines s'étaient vu infliger par notre présidente la tâche de monter l'accompagnement liquide du repas.
Après un tel festin, bien 'calés' sur nos bancs, il nous fallait alors envisager le lendemain et l'objectif un peu perdu de vue pour lequel nous étions a priori venus: la grimpe. La fenêtre météo étant à peine entre-ouverte le lendemain, nous n'avions pas le choix: il fallait donner la priorité au Roi du secteur, le pic des Spijeoles. Trois monteraient par l'arrête Sud-Est ou la voie normale, sept par le célébrissime Grand Dièdre. Il en manque une à l'appel, c'est Anne-Marie, mon épouse qui préfère redescendre le lendemain matin car elle n'a jamais pu se retrouver sur une paroi sans appeler sa mère qui habite trop loin pour la circonstance.
Vers 7h30 le vendredi matin nous nous dirigeons donc vers le départ de la voie du grand Dièdre. Nous ne l'attaquerons qu'à 11h à cause de la petite forme de certains ou de leur difficulté à franchir sans crampons le névé et la rimaye qui barrent le pied de la paroi. Le reste sera un régal (l'expression boboïsante 'que du bonheur!' commence à sérieusement me les casser): un rocher le plus souvent d'excellente qualité-même si quelques petits morceaux jouent les frelons asiatiques aux oreilles de ceux qui ont eu l'imprudence de ne pas passer l'Initiateur TM pour partir devant- des pitons placés toujours aux endroits stratégiques et une verticalité qui donne à cette voie son caractère 'haute montagne'.
Vers 16h, sans que les trois cordées se soient fait trop de 'noeuds' ou se soient exagérément assaisonnées de volées de cailloux, nous sortons tous ravis et comblés de cette voie du Grand Dièdre dont, enfin, j'ai personnellement atteint le sommet après deux tentatives avortées pour cause de pluie et trente ans d'attente. Que ceux dont c'était le premier essai apprécient le privilège de l'avoir transformé!
Il ne restait plus qu'à entamer la longue descente pour remettre à l'heure pile les pieds sous la table et apprécier encore davantage la soupe du jour qui était en fait la même que la veille, mais qui aurait songé à s'en plaindre puisqu'elle était succulente et nous affamés?
Sur la digestion, le rituel quotidien: que fait-on demain? La météo bien que comportant toujours une dose d'incertitude n'était cependant pas engageante: pile, il ne faisait beau que le matin; face, il commençait à pleuvoir à midi. Restait la tranche sur laquelle quelques rares optimistes persistaient à parier: beau temps toute la journée. Si grimpe il y avait, ça ne pouvait être que dans une voie courte, à proximité du refuge. Ainsi pensaient, et parlaient les (trop) raisonnables. Va donc pour 'Emilie', la voie en 4 longueurs ouverte par le PGHM de l'autre côté du lac, face au refuge! Chouette, pas besoin de se lever trop tôt.
Sauf que le lendemain matin le vent souffle, violent. De plus, la voie comporte une longueur en 6b+ et même si on peut 'tirer au clou' …. J'ai personnellement plutôt envie de tirer au c... Tractations. Christelle voudrait bien y aller. C'est la seule. Mauvaise conscience chez le responsable activité. Mon squelette vieillissant donne, avec tout ce qu'il y a autour, des signes de fatigue après deux jours d'efforts. Je n'ai pas eu le temps de faire chauffer le moteur diesel et je ne me vois pas vraiment dans du 6b+ d'ici une heure. Alors, le vent, les risques de pluie vers midi, gna gna gna... Désolé Christelle, la prochaine fois il faudra prévoir la journée de pluie statutaire au milieu du camp d'été et non avant ET après, afin d'accorder aux plus anciens leur dose de récupération. Et puis le coin est si sympa qu'il faudra y faire une session de rattrapage. (?a va finir par en faire beaucoup d'ailleurs, des sessions de rattrapage: la Nord-Ouest du Petit Astazou pour Sophie, Valérie et Jean, le Soum de Bellocq et 'Emilie' pour Christelle... Nous pourrions décréter 2012 Année du Rattrapage).
Finalement c'est une rando au Hourgade qui aura l'assentiment du plus grand nombre. Elle satisfera d'ailleurs tout le monde car elle est superbe cette rando, engagée sans être difficile, très tranquille et superbement fleurie. Le sommet constitue un magnifique belvédère. Bref... que du bonheur. Et voilà, il fallait bien qu'il le sorte!
Revenus au refuge, et renseignements pris auprès du gardien, la météo ne semble plus du tout incertaine. C'est on ne peut plus « Affirmatif » comme disait mon adjudant, inflexible: demain, ça sera pluie à tous les étages inférieurs, et... neige au dessus de 2400m, avec peut-être une pluie de grenouilles pour faire bonne mesure. Et après-demain aussi, et après après-demain aussi, et après...
À l'heure où j'écris ce compte-rendu, avec 8 jours de retard, il pleut d'ailleurs toujours.
Le soir du Hourgade, donc, ceux qui craignaient l'humidité sont redescendus et nous n'étions plus que 4 pour déguster la bonne soupe de légumes à la crème fraîche. Bien fait pour eux!
Le lendemain matin, la descente s'est passée sous la pluie, comme prévu, mais le contrat était rempli: 6 d'entre nous ne couraient plus désormais après le Grand Dièdre des Spijeoles.
 
Donc, ‘un bilan globalement positif’ aurait dit ce bon vieux Georges Marchais à propos d’une entreprise beaucoup moins récréative.

photos: http://picasaweb.google.com/lourdes.ffcam

 







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